Tanger
La légende veut que la ville ait été fondée par le fils de Poséidon, Antée, qui lui donna le nom de sa femme, Tingis, Tanjah en arabe. Une bien belle femme en vérité. La ville qui s’offre au visiteur date du XVlle siècle pour son palais Dar el-Makhzen et ses remparts. C’est après 1923, et le vote du statut international de Tanger, que les constructions d’inspiration européenne se multiplient dans la médina d’abord, puis au-dehors dans ce que nous connaissons aujourd’hui comme la ville nouvelle. Mais la ville s’encanaille, et la grande prospérité induite par cette collaboration de souverainetés nationales, qui préfèrent laisser faire plutôt que de s’affronter, puise ses richesses dans des sources bien peu avouables. A Tanger, on fait commerce de tout, de l’argent aux femmes, en passant par la drogue. Mais on échange aussi des idées, et nombreux sont les écrivains (la Beat Generation emmenée par Paul Bowles, puis Burrough) ou les peintres (Matisse, un siècle après Delacroix) qui trouvent ici un cadre et une ambiance dignes de leurs talents. La ville sera un temps le lieu de tous les excès et des fêtes les plus fastueuses, comme celles organisées par la célèbre milliardaire Barbara Hutton, qui finit ses jours en 1979 sans un sou.
Tanger vaut une visite pour ses musées, le palais Dar el-Makhzen et la légation américaine, sa médina si animée mieux connue sous le nom de Socco Chico, ou Petit Socco, les points de vue incroyables sur le détroit de Gibraltar depuis la région d’alentour. Mais Tanger vaut sans doute un séjour, qui ne prendra toute sa valeur que si l’on s’est renseigné au préalable sur le passé récent de Tanjah-la-Magnifique.
Les convoitises européennes
A partir du XVe siècle, les grandes puissances colonisatrices s’emparent de la ville. Ce sont d’abord les Portugais, en 1471, et les Espagnols. Puis, le mariage de Catherine de Bragance à Charles Il d’Angleterre en fait une ville anglaise en 1661. Mais les Marocains se rebellent, et après de rudes batailles, Moulay Ismaïl est maître de la place en 1684. Durant la période qui s’ensuit, Tanger reste convoitée et se développe peu, même si elle devient le lieu de résidence des représentants consulaires internationaux au Maroc. Victime des vicissitudes de l’histoire, la ville est bombardée en 1844 lors du conflit franco-marocain.
Tanger, zone internationale
En 1905, Guillaume II choisit Tanger pour dénoncer les visées impérialistes de l’Espagne et de la France sur le Maroc. La solution, pour résoudre ces convoitises incessantes et antithétiques, est la _ signature en 1912 du protectorat français. Une zone d’influence est reconnue à l’Espagne. Mais les polémiques persistent et un traité franco-espagnol est signé le 18 décembre 1923, et déclare Tanger zone internationale. La ville est alors gérée par une dizaine de pays, et dirigée par le représentant du sultan, le mendoub. S’ensuit une période de neutralité militaire et politique, associée à une complète liberté économique. Une immense prospérité est engendrée par le libre-échange et la suppression des impôts, qui donne également lieu à des trafics de tout genre. La ville est un lieu privilégié des artistes, des peintres comme Matisse aux écrivains tels Tennessee Williams, et surtout Paul Bowles, qui deviendra le chef de file de la Beat Generation. La Seconde Guerre mondiale ravive les velléités indépendantistes du Maroc, et le sultan Mohammed V prononce à Tanger un discours nationaliste, revendiquant la souveraineté nationale. 1956( et l’indépendance retrouvée font perdre à Tanger son statut unique, et la ville redevient marocaine L’Etat y encourage le développement du tourisme, mais le départ massif des étrangers a fait vaciller l’économie, et la ville est aujourd’hui en quête de renouveau.
Points d’intérêt
Idéalement, on consacrera la majeure partie de son temps à Tanger à visiter la médina et le musée ` ethnographique et celui de la Légation américaine. Il est indispensable d’aller prendre un verre dans un des vieux cafés célèbres de Tanger et de visiter la casbah. Mais cette liste n’est absolument pas exhaustive.
Grand Socco Rebaptisé place du 9 avril 1947. Ce qui était autrefois un lieu grouillant et commerçant est aujourd’hui une banale place surmontée d’un minaret de faïence verte. On n’y assiste plus aux traditionnels souks du jeudi et du dimanche, ceux-ci étant disséminés dans les quartiers d’alentour, en fonction de leur spécificité. C’est le point de rendez-vous des petits et des grands taxis, et la porte d’entrée de la médina. Sur la gauche, vous pourrez visiter les jardins de la Mendoubia (entrée libre), l’ancienne résidence du mendoub, le représentant du sultan au temps ou Tanger était une zone internationale. A l’entrée, âgé paraît-il de plus de huit cents ans, un Ficus elastica : un arbre splendide, qui a la particularité de faire replonger ses branches dans la terre. On a alors l’impression que six ou sept arbres se rejoignent pour en former un seul. Derrière la maison, une stèle présentant le discours de Mohammed V à Tanger, le 9 avril 1947, lorsque le sultan avait pour la première fois revendiqué officiellement l’indépendance de son pays. A côté, deux beaux canons de bronze du XVllle siècle. Pour le reste, c’est un endroit calme, avec un jardin luxuriant et en bataille qui n’a rien d’un jardin à la française, entouré des vieilles maisons du Grand Socco.
Médina Contrairement aux médinas classiques, faites de pauvres maisons, qui ne doivent leur intérêt qu’à leur enchevêtrement et au charme de leur uniformité dans de petites ruelles, la médina de Tanger fut d’abord un lieu riche. Les maisons qui la composent sont de style européen, avec deux ou trois étages, de hautes fenêtres à balcon et grilles en fer forgé, des moulures sur les façades. Mais ce Tanger n’existe plus vraiment, et sa médina s’en ressent. Mais si la médina de Tanger a perdu de sa superbe, elle demeure toujours aussi animée. Dans les remparts, la vie a bien changé, mais imaginez le passé de cette ville, et son présent prend une autre dimension.
Kasbah Elle est sise sur la partie la plus élevée de la ville, et entourée de remparts de pierre, qui l’isole de la médina. Deux accès : si vous êtes motorisé, prenez sur la gauche la rue d’Italie qui devient rue de la kasbah depuis le Grand Socco. On pénètre alors dans la kasbah par un épais passage voûté. Depuis l’intérieur de la médina, la rue Ben Raissouli conduit à Bab-el-Assa, une des portes de la kasbah. Dans une vaste cour, on trouve sur la gauche le palais Dar-el-Makhzen, ancien palais du sultan, transformé aujourd’hui en un passionnant musée archéologique et ethnographique.
AU MUSEE DE LA KASBAH Ouvert tous les jours, sauf le mardi de 9h à 13h, et de 15h à 18h. Construit en 1691 par Moulay Ismàd, une fois qu’il eut repris Tanger aux Anglais, ce palais abritait le tribunal de la ville et fut le siège du pacha, donc du gouvernement. Ce dernier y siégea jusqu’au protectorat de 1913, et le palais fut transformé en musée en 1922. Parmi les endroits à ne pas manquer, la salle des trésors, sur la droite en entrant, avec ses coffres du XVlle siècle. Le musée ethnographique est organisé par matière, avec le travail du bois d’abord, puis le textile, les céramiques et l’archéologique.
MUSEE DE LA LEGATION AMERICAINE Ouvert du lundi au vendredi, de 10h à 13h, et de 15h à 17h. Un musée très intéressant, où sont surtout exposées des cartes anciennes et des tableaux de peintres contemporains ou copies de peintures célèbres. Mais on s’y rendra surtout pour le charme des lieux, ces deux maisons reliées par-delà une ruelle, d’où se dégage une atmosphère délicieusement passéiste. L’accès le plus facile : depuis le Grand Socco, prendre à droite la rue Salah Eddine el-Ayoubi, puis tourner à gauche dans la rue du Portugal, et encore à gauche en rentrant dans les remparts, dans la rue d’Amérique.
MUSEE D’ART CONTEMPORAIN Rue d Angleterre. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 8h30 à 12h, et de 14h à 18h30. Dans les locaux de l’ancien consulat britannique, les expositions varient selon les saisons, mais le musée est globalement éclipsé par le Musée ethnographique et la Légation américaine.
Excursions autour de Tanger Cap Spartel En 1861, la construction du phare du cap Spartel fut décidée par les autorités, à la suite de nombreux naufrages survenus dans les environs. Le sultan Abd el-Rahman donna son aval aux requêtes émises en ce sens, et le phare fut inauguré le 15 octobre 1864. Attention : l’entrée du phare est officiellement interdite, et vous devrez utiliser votre sens inné de la persuasion pour vous attirer les faveurs du gardien (ce n’est pas nécessairement une question d’argent). Le long des 101 marches sont disposées des photos de phares du monde entier, de l’Europe à l’Amérique. En haut, on bénéficie d’un panorama superbe, sur la ligne de séparation entre l’Atlantique et la Méditerranée, avec les côtes espagnoles et Tarifa qui se dessinent au loin.
Grottes d’Hercule A 4 km du phare du cap Spartel, et 10 km de Tanger. Les grottes d’Hercule sont un lieu touristique bien connu depuis les années 1920. II s’agit de grottes naturelles calcaires ouvertes sur la mer, dans lesquelles cette dernière pénètre à marée haute. La mythologie veut qu’Hercule se soit retiré là une fois ses exploits accomplis, et qu’il ait creusé le détroit de Gibraltar en déplaçant les montagnes (le djebel Tarik de Gibraltar en Europe, et le djebel Moussa en Afrique, près de Ceuta). A côté, vous trouverez les très belles plages
CEUTA Pour le touriste qui voyage au Maroc depuis un certain temps, une visite à Ceuta revêt toujours un caractère spécial. La ville paraît riche avec son port de plaisance et ses bateaux modernes, sa ville nouvelle et ses constructions bien léchées, et la langue espagnole utilisée partout. En effet, parmi les 75 000 habitants recensés, seuls 25 000 sont d’origine Berbère, et répondent à la dénomination officielle de « musulmans espagnols ». La géographie est remarquable. La presqu’île du monte Hacho offre une superbe vue sur le rocher de Gibraltar. Pour le reste, la place d’Afrique ne manque pas d’intérêt, parée de son église et de sa cathédrale, qui s’inscrivent dans un style Art déco andalou de fort bonne facture. A côté se trouve le Foso San Felipe, datant de l’ère portugaise, où un bras de mer transforme l’enclave en une véritable île. Sinon, la ville affirme son identité européenne à travers ses magasins de hi-fi et autres articles de consommation, fruits d’un développement économique rapide. Ce dernier est dû au statut politique de Ceuta, zone franche et plaque tournante d’un business plus ou moins douteux. Ce qui est certain, c’est que la ville préfère définitivement être espagnole, et que les musulmans qui y vivent sont plutôt méprisés par les maîtres des lieux. Excursion autour de Ceuta Cap Malabata Sur la superbe route de Ceuta, à 9 km. De Tanger, vous croisez le cap Malabata et son phare, en prenant une petite route sur la gauche de la route principale. La construction de pierre que l’on aperçoit sur la droite, entre château et abbaye avec ses ouvertures voûtées successives comme un cloître, date en fait du début du siècle, mais impressionne tout de même. Le cap offre une superbe vue sur le détroit, ainsi que sur la ville de Tanger, dont on comprend mieux l’organisation.
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