Fez

Fès est une ville à part au Maroc. C’est dans cette ville millénaire où s’est faite et défaite l’histoire du pays. Ce fut d’abord la création de la ville par Idriss ler, également fondateur du Maroc en tant que royaume unique et indépendant. Ce fut ensuite le protectorat français de 1912, consécutif à l’insurrection de Fès. Tout au long de l’histoire, Fès est devenue et restée la capitale religieuse d’un pays où l’islam a toujours été religion d’Etat. L’université Karaouiyne, dont la création remonte au IX, siècle, a atteint un rayonnement qu’on a pu surnommer Fès « l’Athènes de l’Afrique ». Quand s’installèrent des familles de commerçants et de juifs, elle devint rapidement la ville la plus riche du pays, et un carrefour commercial incontournable. Nul ne peut comprendre Fès s’il n’a pas conscience de son passé.
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Fès est l’une des quatre villes impériales, et certainement la plus prestigieuse, qui possède la plus vaste médina du pays et la plus impressionnante. En visitant Fès-et-Bali, Fès l’ancienne à l’origine médiévale (par opposition à Fès-el-Jedid, la nouvelle, datant des Mérinides), on trouvera la trace des plus grandes dynasties, des murailles almohades aux medersas mérinides, joyaux artistiques du pays, que l’on découvre au hasard de l’enchevêtrement inextricable des ruelles de la médina. De leur histoire prestigieuse, les Fassis ont gardé une tradition commerçante et artisanale ancestrale, du tannage des cuirs à la fabrication des célèbres poteries bleues sur fond blanc, qui font leur fierté. Car les Fassis ont également un certain sentiment de supériorité, dont pourra se rendre compte le visiteur patient et curieux.
Mais Fès a ses problèmes, liés à ses qualités. Son million d’habitants est demeuré confiné dans l’enceinte historique de la ville, ce qui procure des vues fantastiques (notamment depuis le tombeau des Mérinides), mais engendre aussi des problèmes de pollution et de salubrité. Ainsi, en 1980, l’Unesco a-t-il inscrit la médina de Fès-et-Bali au rang de patrimoine de l’Humanité, et a entrepris depuis des travaux de restauration pour que la médina conserve son caractère exceptionnel.

Histoire


Si les historiens ont des points de vue divergents sur l’identité du fondateur de Fès, une chose est sûre : Fès est une ville arabe fondée par un Arabe, par opposition aux villes du sud ou à Marrakech. Une majorité d’historiens attribue en effet la création de Fès au fondateur du Maroc, Moulay Idriss ler. Ce dernier, fuyant les persécutions des Abassides de Bagdad, s’était d’abord installé à Oualili, sur le site de l’ancienne Volubilis, et avait entrepris d’y convertir les Berbères à l’islam
Mais, au moment de choisir un lieu digne de recevoir sa capitale en 789, c’est sur la rive droite de l’oued Fès qu’il s’établit, après que, selon la légende, on eut trouvé une pioche en or en creusant les fondations. Cette légende donna son nom à la ville, puisque Fès est le terme arabe pour désigner une pioche. En 809, son fils et successeur, Idriss II, entreprit de construire à son tour une véritable ville sur l’autre rive de l’oued. Avec son palais royal, sa mosquée, et ses murailles, c’est la véritable Fès qui s’éleva alors. Une chance historique En 818, un millier de familles musulmanes chassées de Cordoue trouvèrent refuge à Fès, et s’installa dans ce qui prit le nom de quartier des Andalous. Peu après, trois cents familles de Kairouan en Tunisie, également en exode, furent accueillies dans Adoua el-Karaouiyne, le quartier des Kairouanais, encore en place aujourd’hui avec sa fameuse mosquée. Si l’on ajoute l’arrivée de familles juives, ces migrations furent un véritable coup de pouce du destin. Les nouveaux arrivants étaient le plus souvent de riches artisans et commerçants, dotés de techniques modernes, et ils recréèrent à Fès l’environnement dans lequel ils vivaient, transformant la ville en métropole commerciale incontournable. Au IX, siècle, Fès possédait déjà la mosquée des Andalous et l’université Karaouiyne, ce qui en fit également un pôle reconnu sur le plan intellectuel. Mais l’histoire bégaya, et Fès, enjeu de convoitises, tomba successivement sous l’influence des Fatimides de Tunisie et des Omeyyades de Cordoue au Xe siècle. L’apogée intellectuelle et commerciale Fès devint almoravide en 1069, en cédant aux assauts du Saharien Youssef ben Tachfine. Ce dernier réunit les deux parties de la ville de chaque côté de l’oued dans une même enceinte pour ne former qu’une seule et même cité. Mais c’est Marrakech qui fut alors désignée comme capitale du royaume. En 1154, ce fut au tour des Almohades d’investir la cité, et les murailles détruites furent reconstruites une fois assurée l’allégeance des habitants. La plupart des murailles que nous connaissons aujourd’hui à Fès datent de cette époque. Mais la ville développa surtout une influence religieuse prépondérante, grâce notamment à la mosquée Karaouiyne et à son université, dont la renommée et le prestige dépassaient largement les limites du royaume. A Fès, on travaillait également le cuir et les métaux, et les riches marchands officiaient sur tout le pourtour méditerranéen.
Fès, capitale de l’art mérinide Les Mérinides arrivant de l’est du Maroc en 1250 firent à nouveau de Fès une capitale. Mais surtout, ces esthètes parèrent la ville de ses plus beaux atours. C’est l’époque de la construction de Fès-el-Jedid, Fès-la-Nouvelle, qui s’oppose à Fès-et-Bali, l’ancienne. On y construisit une cité administrative, qui abritait en son enceinte le palais royal, des mosquées, et surtout les garnisons du sultan. C’est également l’époque de la construction des medersas, ces joyaux de l’art mérinide qui rivalisent de finesse, comme la medersa bou Inania, dont le nom glorifie son fondateur, le mérinide Abou Inan. Au XIVe siècle, Fès comptait 200 000 habitants, dont les activités commerciales, artisanales ou religieuses faisaient autorité dans le royaume et bien au-delà. C’est pour ainsi dire la dernière fois dans l’histoire du Maroc que le statut politique de Fès, capitale, s’accorde avec son statut d’autorité morale, religieuse et économique du pays.
La chute des Mérinides à la fin du XVe siècle marqua le début du déclin de Fès. En 1549, les Saadiens, nouveaux venus au pouvoir, se fixèrent à Marrakech. Lorsque vient le tour des Alaouites, Moulay Rachid revint à Fès en 1666, mais son successeur, le célèbre Moulay Ismaïl, choisit le site de Meknès, dès 1672, pour réaliser ses projets mégalomanes. Ses successeurs, eux, rendront à Marrakech sa grandeur passée. Fès changea alors de statut et devint plutôt une capitale morale, une ville qui garda son influence religieuse en formant dans ses medersas les futurs dirigeants islamiques marocains. D’où l’enjeu principal des sultans successifs de s’assurer la fidélité de la ville dont les violentes réactions étaient craintes par le pouvoir. C’est d’ailleurs à Fès qu’éclata la dernière révolte devant mettre à terre un pouvoir contesté. En 1912, la ville fut envahie par des troupes berbères, et le sultan Moulay Hafid dut se résoudre à officialiser l’ingérence européenne au Maroc en demandant l’aide de la France. Il en résulta, en mars 1912, la signature du traité de Fès, marquant le début du protectorat français au Maroc.
Fès et le XXe siècle La domination française changea le visage de Fès. Sans doute par crainte des réactions de la ville millénaire, le général Lyautey nomma Rabat capitale du royaume. Fès fut dotée d’une ville moderne, européenne, dont la parfaite géométrie contraste avec l’enchevêtrement anarchique des rues de la médina. Aujourd’hui, avec Rabat, la capitale politique, Casablanca, la capitale économique, et Marrakech, la capitale touristique, Fès continue à exercer une véritable influence religieuse. La plupart des grandes familles en sont originaires, et le parti de l’Istiglal, revendiquant l’indépendance du pays, fut lancé à Fès. Mais jusque dans les années 1980, les émeutes les plus violentes au pays sont parties ou se sont déroulées à Fès.

Points d’intérêt


D’abord, on visite bien évidemment Fès-el-Bali, où beaucoup de maisons cachent, sous des dehors austères, de magnifiques palais intérieurs dont peuvent donner une idée beaucoup de magasins et de restaurants. Impossible de se repérer soi-même, et il faut donc avoir recours à un guide, officiel ou non, pour ne pas se perdre dans ces ruelles infinies, mais absolument pas dangereuses en pleine journée. Les ânes sont chargés d’on ne sait quel trésor, et vous font bien comprendre qu’ils sont prioritaires en vous serrant contre les murs à leur passage. Les magasins insignifiants recèlent de fantastiques cavernes d’Ali Baba à l’intérieur de quartiers organisés par spécialité comme autant de corporations, du souk au henné au quartier des tanneurs, et son odeur pestilentielle ; on admire en silence l’art mérinide des nombreuses medersas, et la ferveur digne régnant aux alentours des mosquées ; tout dans la médina concourt à faire revivre à Fès un passé médiéval glorieux et intemporel,
La médina La médina fut construite sans logique directrice au cours des siècles, et c’est une succession de ruelles enchevêtrées, sans nom pour vous repérer. Elles se ressemblent toutes, et l’on a souvent l’impression d’avoir retrouvé son chemin, alors qu’on fait route dans la direction opposée. Plutôt que de vous guider sur le papier, nous préférons vous faire une présentation de chaque monument. Le, meilleur moyen pour effectuer la visite est de suivre l’ordre indiqué ici, et de demander votre chemin pour rejoindre chaque monument. Attention : toutes les visites de medersas possibles sont payantes, et ces dernières sont en général fermées après 18h et le vendredi matin. La première étape, environ 150 m plus loin, est la medersa bou Inania. La dernière medersa construite par les Mérinides à Fès est aussi la plus grande et la plus coûteuse. Elle fut réalisée entre 1350 et 1357 sur l’ordre du sultan Abou Inan, dont elle a gardé le nom. On y retrouve toutes les caractéristiques des medersas, ou écoles coraniques. La seule particularité de la bou Inania est la cour, pavée de marbre. Une dérivation de l’oued Fès a été pratiquée, pour amener l’eau jusque dans la medersa (le petit cours d’eau canalisé au fond du patio), qui servait aux fidèles arrivant à pied pour pratiquer leurs ablutions avant de prier. Les musulmans se rendent toujours dans la mosquée attenante. Il faut donc profiter de cette chance, car il s’agit de la seule mosquée fréquentée que l’on peut visiter au Maroc. L’interdiction de visiter des lieux de culte pour les non-musulmans est une particularité marocaine, sur l’initiative du maréchal Lyautey, en 1921, dans le cadre du respect des particularités des autochtones lors de la colonisation. Le circuit se poursuit dans les ruelles étroites de la médina, avec leur activité incessante qui vaudrait presque la visite à elle seule. Etre commerçant à Fès signifiait, dans l’ancien temps, l’appartenance aux familles les plus riches du Maroc. Ainsi, derrière des façades austères et monotones, beaucoup de maisons sont de véritables petits palais, où à chaque étage des arcades s’organisent autour de larges patios. Le minaret date de 956, mais c’est le seul vestige de la prime époque. La construction actuelle date de l’Aimoravide Ali ben Youssef (lui-même ben Tachfine : ben veut dire « fils de » en arabe, et cela permet de suivre facilement le déroulement des dynasties !) en 1135. Ce dernier en fit un monument du savoir, et l’université recevait à l’époque des étudiants des plus grandes villes du Maroc, mais aussi de pays étrangers. [!oratoire central, avec ses 270 colonnes, peut accueillir 20 000 personnes pour la prière du vendredi. Quant à la très ancienne bibliothèque, elle renferme quelque 30 000 ouvrages, dont 10 000 manuscrits. La bibliothèque est ouverte à la visite tous les jours sauf le dimanche (fermée de 12h à 14h30 15h le vendredi). PLACE SEFFARINE Cette place, où l’on travaille le cuivre, est le point de repère pour rejoindre le quartier des tanneurs. Les cuves blanches contiennent de la chaux vive, pour séparer la laine et les poils de la peau, ainsi que des excréments de pigeon et du sel pour l’assouplir. Ces opérations nécessitent beaucoup d’eau, et le puits central est relié à une réserve naturelle qui alimente le quartier.
ZAOUIA DE MOULAY IDRISS On la trouve à 150 mètres de la medersa Chettarin. C’est l’un des endroits les plus sacrés du Maroc, qui abrite le tombeau de Moulay Idriss Il, sous le règne de qui Fès devint véritablement une cité impériale, la première du Maroc. C’est un lieu de pèlerinage, où l’on vient invoquer la baraka, la chance.
PLACE NEJJARINE Il fait bon se reposer après la fatigue d’une longue visite sur la place Nejjarine. On y trouve une fontaine datant du XVlle siècle, et restaurée depuis, avec de superbes zelliges. Au fond de la place, le fondouk Nejjarine, dont on voit la superbe porte d’entrée, et qui était en activité jusqu’au début du siècle. Toute la place est pavée, et les magasins ont de charmantes devantures en bois clair, qui se marient parfaitement au bois de la porte du fondouk. A proximité de la place se trouve d’ailleurs le souk des menuisiers, qui travaillent le bois sous vos yeux.
MUSÉE BATHA. Ouvert tous les jours, sauf le mardi de 8h30 à 12h, et de 14h30 à 18h. Ce palais, construit à la fin du XIXe siècle par Moulay Hassan, fut utilisé comme bâtiment administratif pendant la colonisation, avant d’abriter le musée des Arts marocains. Les salles, pavées de zelliges, et aux plafonds de bois peint, sont superbes, de même que les jardins andalous. On y trouve les arts marocains classiques : poterie, broderie, tapisserie...
Quartier des potiers On le rejoint en empruntant la route de Taza après Bab Ftouh (continuer environ un kilomètre après la porte). On peut visiter certaines fabriques, comme celle de la société Fakhkari, au n° 16 du quartier des potiers (adresse exacte !). Les apprentis y sont formés à la découpe des zelliges, opération des plus minutieuses, dès l’âge de huit ans, tout en suivant les cours du soir à l’école. La poterie de Fès est réalisée avec de l’argile grise, qui arrive des montagnes sous forme de pierre, alors que l’on utilise de l’argile rouge à Safi, et de l’argile blanche à Salé. Les pierres sont mises dans l’eau trois jours jusqu’à ce qu’elles soient malléables, puis filtrées pour enlever les petits cailloux qui feraient exploser les plats lors de la cuisson. Pour la cuisson, on utilise à Fès des tourteaux d’olive (ce qui reste après avoir pressé l’olive), qui sont mélangés avec 10 % de bois de cèdre (alors que c’est du genêt qui est utilisé à Safi).
Quartier andalou On y accède en se stationnant à Bab Ftouh, ou bien en traversant l’oued, et en marchant environ 600 m à partir de la mosquée Karaouiyne. Le quartier fut fondé au IX, siècle par des musulmans chassés de Cordoue et qui avaient trouvé refuge à Fès. S’installant dans la ville, ils lui apportèrent leur savoir-faire d’artisans qui servit le développement de la cité, et fut à l’origine de son rayonnement ultérieur. On y remarquera la porte monumentale de la mosquée, avec ses zelliges surmontés de bois de cèdre sculpté et d’un auvent de tuiles vertes.
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